Rippers

Les Rippeurs sont des invisibles, ils appartiennent à cette frange de population que l’on ne connaît pas, ou mal. On ne les méprise pas mais on les ignore. Ils sont là, passent devant nos maisons, emportent nos déchets, et nos regards passent au-dessus d’eux mais sans les voir.

Plusieurs matins de suite, vers 8h, je voyais mon fils de trois ans et demie à l’époque, saluer les éboueurs qui passaient devant notre maison. C’était une sorte de rituel. Et si Marin, mon fils – qu’il fallait aider à monter sur un tabouret – n’était pas visible de la rue, je voyais leurs regards qui le cherchaient.

De décembre 2014 à avril 2015, j’ai suivi Bernard, Pascal et Olivier dans leurs tournées. Presque tous les lundi matins, dans la cabine, à pied ou à l’arrière de la «benne», j’ai observé leurs gestes sûrs, admiré leur endurance, leur indifférence au froid, leur lassitude face aux insultes d’automobilistes énervés de se voir bloqués par le camion.