Leila d’Arabie

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Âgée de 30 ans à peine, Leila Mustapha est la jeune maire de l’ancienne capitale de l’État islamique en Syrie. Au-delà des problèmes liés à la reconstruction de cette ville – dont plus de 80% ont été détruits par les bombardements et les combats, sa nomination à la mairie est un signal fort. Leila Mustapha pourrait être l’un des visages de la Syrie de demain.

Nul ne sait quel sera son chemin, son destin, mais cette (très) jeune femme a quelque chose de messianique. Elle fait taire tous les cynismes. Et il ne s’agit pas ici que de femmes, de kurdes ou d’arabes, de Rojava ou de Syrie, c’est plus ambitieux, plus universel, son message et son combat sont à l’échelle du monde et de tout le monde.

Pendant toute cette guerre en Syrie et en Irak, les médias occidentaux, et j’en suis, n’ont eu de cesse que de se concentrer sur Daesh. Quand le pire et le meilleur s’affrontent, nous sommes souvent obsédés par le pire, c’est compréhensible – ce mal-là est si spectaculaire…

Mais il ne faut pas que le meilleur soit oublié. Leila est de ce meilleur. Et si nous sommes capables de rapporter à quel point Daesh a défiguré l’humanité, rapportons aussi le travail (et ne serait-ce que l’existence !) de ceux qui tentent de lui donner un nouveau visage.

Beaucoup diront que le rêve démocratique de Leila est une utopie. Il est cependant possible d’y voir également un modèle (révolutionnaire) de pensée et d’action, une exception au large de la furie du monde et de « l’abattoir international en folie » comme disait Céline, plus qu’une idée ou une idéologie : une réalité possible, difficile mais supérieure, qui s’appelle la Paix. Que l’on y croit, ou pas, est une autre question. Elle, elle y croit.

Reportage réalisé en février – Marine de Tilly à la plume.